Rencontre avec István Markó  

Nous ne pourrions terminer notre hommage à la mémoire d'István Markó sans consacrer une page à notre première rencontre, ou, comment cette amitié avec Istvan et le CO2 nous a soudés. Une belle histoire d’amitié.

En 2007, lors de la sortie du quatrième rapport, un accouchement difficile mené par Rajendra Pachauri, Président de l’IPCC, ce dernier constate que la température du globe augmente depuis plusieurs années et prétend que l’augmentation est très probablement à attribuer aux émissions de CO2 anthropique.  La Science a ainsi parlé !

Petit retour de quelques années en arrière : cette opinion avait déjà été exprimée par Al Gore, qui cherchait un moyen de redorer son blason après sa défaite lors des élections présidentielles américaines.  Al Gore avait, du point de vue scientifique, le soutien de James Hansen, PhD en physique et astronomie, spécialisé dans le transfert radiatif qui dirigeait le Goddard Institute for Space Studies de la NASA à New York City, depuis 1981. Hansen est spécialement connu pour son audition devant le congrès américain en 1988 (lors d’une journée très chaude où la petite histoire raconte que le conditionnement d’air avait été arrêté et que les représentants du congrès souffraient de la chaleur dans la salle). Lors de son audition James Hansen annonce le risque d’un réchauffement climatique catastrophique attribué aux émissions anthropiques de CO2 provenant des combustibles fossiles. Cette audition a grandement contribué à la création en 1988, par l’ONU, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) du Groupe Intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC ou IPCC) chargé d’établir une synthèse des études scientifiques sur cette question. Dans son premier rapport de 1990 (IPCC First Assessment Report FAR 1990) le GIEC conclut, sur base de modèles mathématiques, que le réchauffement climatique est probablement attribuable aux Gaz à Effet de Serre, émis par l’Homme :

Based on current model results, we predict: under the IPCC Business-as-Usual (Scenario A) emissions of greenhouse gases, a rate of increase of global mean temperature during the next century of about 0.3°C per decade (with an uncertainty range of 0.2°C to 0.5°C per decade), this is greater than that seen over the past 10,000 years. This will result in a likely increase in global mean temperature of about 1°C above the present value by 2025 and 3°C before the end of the next century.

 Un argument clef de cette conclusion provient de l’analyse des forages de Vostok en Antarctique. Durant les années quatre-vingt, les Russes ont effectué des forages très profonds qui montrent une corrélation entre la température et la teneur en CO2 lors des dernières glaciations.  Une meilleure résolution temporelle a montré, un peu plus tard, que les augmentations de la teneur en CO2 suivent de plusieurs centaines d’années les augmentations de température, et ne peuvent donc en être la cause en Antarctique. Le principal argument présenté par la GIEC est anéanti, mais largement ignoré par la communauté scientifique et les médias.

 Entretemps Al Gore avait commandé un film à Davis Guggenheim, « Une Vérité qui dérange ». Ce film sort en 2006, donc une année avant la parution du quatrième rapport du GIEC en 2007, qui affirme que le réchauffement (entretemps devenu changement climatique et actuellement dénommé dérèglement climatique) est « très probablement » dû à l’activité humaine, essentiellement par les émissions de CO2 provenant des combustibles fossiles. Un des arguments clef qui revient sans cesse est justement basé sur les premières analyses des forages de Vostok sans mentionner que le CO2 suit de plusieurs centaines d’années la température et ne peut donc être la cause du réchauffement.

Le film, qui s’avère être basé partiellement sur des affirmations fausses, ainsi que déterminé par une cour anglaise, fait néanmoins le tour du monde et convainc la population, les médias, et donc nos responsables politiques.

C’est dans ce contexte que István Markó, professeur en chimie organique, a repris un cours sur l’environnement en première année d’Université, en Faculté des Sciences de l’Université Catholique de Louvain. Le 27 janvier 2011, il est invité par Bob Crichton à un débat organisé par la Royal Society of Chemistry (Belgium Section), lors de son premier ‘Café Chimique sur «Climate Change – a debate» avec comme conférenciers les Professeurs Jean-Pascal van Ypersele et István Markó à l’Autoworld Museum à Bruxelles. Cet épisode est repris par Bob Crichton dans son allocution à l’enterrement de István :

 Quand j’ai annoncé le sujet à István, il s’est montré très intéressé et a proposé d’y participer. Dans les semaines qui précédaient la réunion, il s’est jeté avec son enthousiasme caractéristique, sur la littérature,’ and the rest is history’. Donc, je suis le responsable pour son intérêt qui est devenu une de ses grandes passions. Si depuis, la presse s’acharne sur sa position controversée sur le sujet, je veux simplement dire qu’ici n’est ni l’endroit, ni le moment d’en parler. Il suffit de dire que ce qu’István souhaitait était de pouvoir avoir un débat, plutôt qu’une polémique.

István Markó, comme tout professeur consciencieux et minutieux, vérifie ses sources et arrive à la conclusion que l’hypothèse d’un réchauffement climatique lié à l’augmentation du CO2 anthropique n’est pas prouvée scientifiquement, au sens des sciences exactes. Il faudrait ajouter qu’il était spécialement intéressé par le CO2, qui constitue aussi une matière de base pour la formation de composés organiques.  Il n’est pas convaincu par les arguments du GIEC concernant l’attribution du réchauffement climatique au CO2.

Photo du débat du 27 janvier2011 reprise du site de la "Royal Society Belgium"

Vu notre intérêt pour la question, spécialement depuis la sortie du quatrième rapport du GIEC, Anne s'était inscrite à ce débat. Lors de l’ouverture du débat, le modérateur Bob Crichton, au centre de la photo, posa une question sur le changement climatique et sur son origine anthropique. La majorité des participants était d’accord avec le GIEC. Après les présentations, le débat et les questions/réponses, la question fut reposée à la salle. Il s’avéra que la majorité qui était d’accord avec le GIEC, avait sensiblement diminuée. C’était le premier et dernier débat contradictoire entre les professeurs collègues, Markó et Van Ypersele !

Quelques mois plus tard, nous avons eu l’occasion d’inviter le professeur Fred S. Singer, qui a enseigné les sciences de l’environnement à l’Université de Virginia, jusqu’en 1994. Il était spécialisé en physique atmosphérique. A côté de nombreuses recherches et publications, il fut le pionnier des mesures de température par satellite. Il était connu comme un des grands sceptiques de la première vague. Nous avions fait la connaissance du professeur Singer à l’occasion d’un colloque, « Have Humans changed the Climate » que nous avions aidé à organiser au Parlement Européen (18 novembre 2009 sous les auspices du membre du Parlement Européen, Roger Helmer), juste avant la COP 15 de Copenhague qui s’est terminée en eau de boudin. Le Professeur Singer était persuadé que le CO2 pouvait contribuer éventuellement au réchauffement climatique, mais seulement dans une faible mesure, car les mesures par satellites dans les couches atmosphériques ne montraient pas la corrélation attendue entre le CO2 et la température.  Nous avions aussi invité le professeur Claes Göran Johnson, PhD en mathématiques de l’Université de Chalmers, Gothenburg, qui, sous un angle différent sur base d’analyse thermodynamique, arrive à la même conclusion que le professeur Singer, c.à.d. que la contribution du CO2 à l’augmentation de la température ne peut être que minimale. Finalement nous avions aussi invité un expert du GIEC, mais malheureusement, nous n’avons trouvé personne qui était prêt à défendre le point de vue du GIEC, tout spécialement après l’envoi d’un mail diffamatoire de la part de l’ancien Vice-Président du GIEC, le professeur Van Ypersele, à la SEII (Société Européenne des Ingénieurs et Industriels), qui hébergeait l’organisation du débat. 

Le débat a finalement eu lieu dans une salle privée au tout dernier moment. C’est à cette occasion que nous avons repris contact avec le professeur Markó, qui s’est fait un plaisir d’y participer.

Et c’est surtout grâce à ce débat du 1er septembre 2011 et la réunion annulée, que d’autres personnes intéressées par la question et choquées par l’attitude des tenants du GIEC ont fait connaissance et commencé à travailler ensemble pour constituer un noyau d’analyses pluridisciplinaires à la manière de l’Oyster Club de 19ème siècle. 

C’est finalement grâce à ce mail calomnieux qui avait l’intention d’arrêter le débat, que Jean-Pascal van Ypersele a donné de la publicité à l’évènement qui a fait le tour des médias et des blogs, ce qu’il voulait justement éviter.

La machine était en route. L’Oyster Club a grandi et évolué. Le professeur Markó a été invité avec un ami philosophe, Drieu Godefridi, à donner une présentation à la Commission climat-développement durable du Parlement Fédéral (mars 2012) sur le changement climatique et sur le GIEC. A plusieurs nous avons ensuite écrit « Climat : 15 Vérités qui dérangent », et suite à cet ouvrage, aussi bien István Markó que Drieu Godefridi, ont rédigé de nombreuses publications et donné de nombreuses interviews qui ont été relayées dans un réseau international qui s’est formé entretemps. Ces deux personnes se sont imposées, notamment en Europe, aux Etats-Unis et même en Chine, dans le débat portant sur Changement Climatique.

Nous n’oublierons jamais le sourire, la sagesse, l’intelligence, le courage et l’engagement pour la vraie science d’István Markó.

L’Oyster Club est un bel exemple de ce qu’on peut réaliser ensemble, à plusieurs. C’est une démonstration de la force d’une équipe et du fonctionnement en réseau. Que l’Oyster Club puisse continuer à vivre et grandir, malgré les contre-temps difficiles.

 

 

 

 

 

 

A propos de l’auteur Lars Myrén et Anne Debeil Lars Myrén (ingénieur Civil Chalmers ) et Anne Debeil (ingénieur civil ULB)