Voici pourquoi István Markó tenait tant au CO2

L'auteur s’exprime à titre personnel

István Markó était un ami, un ami précieux, un ami désintéressé. Il connaissait tant de choses et il avait l'art de les exprimer avec simplicité et humour. Il avait un rare talent pédagogique de sorte qu'il avait la capacité de captiver et passionner l'étudiant novice en chimie. Au fil du temps j'ai découvert que ce grand scientifique, comme le qualifie la revue ChemistryView,[1] était animé d’une grande passion pour la science, la vérité et la liberté. A travers cette contribution, je voudrais montrer combien ce chimiste de Louvain-la-Neuve avait compris que l'énergie était liée à ce triple concept. Pour avoir échangé des centaines de mails et eu le plaisir de partager un repas avec lui de nombreuses fois, je voudrais ici lui rendre hommage en soulignant le véritable souci qu’il avait pour les démunis de ce monde et affirmer que c'était – aussi – l’une des raisons pour laquelle il s'attendait à plus d'émissions de CO2 dans le monde. Nous allons donc essayer de comprendre pourquoi István Markó avait tant d’affection pour ce gaz devenu l’objet d’opprobre pour une bonne partie de la population européenne. Nous allons voir que ce chimiste renommé – qui, par ailleurs, a donné son nom à la réaction chimique Markó-Lam – aimait le CO2 parce que c'est la vie, parce que c'est grâce à lui que nous avons une bonne qualité et une bonne espérance de vie, parce que c'est même lui qui pourra sauver l'Afrique subsaharienne de la misère et parce que, in fine, c'est le symbole de la liberté.

Figure 1 István E. Markó (1956 – 2017)

Parce que, le CO2, c'est la vie

Le dioxyde de carbone (CO2) est devenu en l'espace de quelques années la bête noire d'une grande partie de la population européenne. En tant que chimiste, le Prof István Markó savait qu'en fait ce gaz inodore et insipide fait partie intégrante de notre vie. Voici ce qu'il a écrit en 2015:

Non, non, non et non ! Je le répète et le répéterai sans cesse : le CO2 n’est ni un poison, ni un polluant ! Il ne l’a jamais été et il ne le sera jamais ! Malgré les nombreuses campagnes de désinformation, menées par des ONG environnementalistes sans scrupule, qui n’hésitent pas à endoctriner nos jeunes têtes blondes dès le début de leurs études, en dépit des accusations médiatiques injustes relayées par certains journalistes trop occupés pour vérifier leurs sources les plus fondamentales ou déjà acquis à « la cause », et nonobstant sa condamnation par certains politiciens dogmatiques et aux connaissances scientifiques hésitantes, le CO2 est et reste ce qu’il a toujours été : l’une des molécules les plus importantes de la vie ! Pas de CO2 et pas de vie sur Terre telle que nous la connaissons.[2]

Convaincu de l'importance de cette molécule, István Markó a entamé des recherches, entre autres, dans son laboratoire à Louvain-la-Neuve pour convertir le CO2 en composés utiles à la société. Cette molécule, somme toute assez simple, est à la base de toute la nature. Notre corps émet du CO2 car notre alimentation contient des hydrates de carbone. Ceux-ci, comme toutes les combustions de molécules carbonées, se dégradent – c'est ce qu'on appelle ‘métabolisme’ en physiologie – en un mélange d'eau et de dioxyde de carbone.

Par exemple le sucre (saccharose) se dégrade de cette manière :

C12H22O11 + 12 O2 → 12 CO2 + 11 H2O

Il en est de même pour la combustion du bois et celle des hydrocarbures dont le plus simple est le méthane qui se dégrade selon cette équation chimique :

CH4 + 2 O2 → CO2 + 2 H20

Le CO2 est la base de notre métabolisme

Notre corps émet environ 1 kg de CO2 chaque jour à travers ce que nous exhalons. Une personne dont le poids est stable présente un bilan carbone neutre : elle absorbe autant de kg de carbone qu'elle en émet. Toutefois, tout ce qu'on mange ne se transforme pas nécessairement en CO2 puisque la prise de poids résulte d’une accumulation de lipides – qui sont aussi des molécules carbonées. Les personnes en surpoids ont donc une accumulation de CO2 dans le corps. On estime qu’en moyenne nous sommes constitués de 18% de carbone, nous avons donc tous une dizaine de kg de carbone stocké en nous : "A chaque fois que la population de la planète s'accroît d'un milliard d'êtres humains nous retirons 10 millions de tonnes de carbone de l'atmosphère, suffisamment pour contrebalancer les émissions de 9 millions de voitures en circulation."[3] Une fois les organismes morts, le CO2 est toutefois restitué dans le cycle de la nature. Précisons ici qu’il s'agit bien d'un équilibre et que les craintes d'une population croissante ne sont pas justifiées pour ce qui est des émissions produites par les corps humains.

C'est d'ailleurs le même principe qui prévaut lorsque l'on affirme que la biomasse – néologisme qui désigne essentiellement le bois en tant que combustible – n'émet pas de CO2. Lors de sa combustion, les émissions proviennent indirectement de la nature et retournent dans le cycle naturel qui, grâce à la photosynthèse, se reconstituera en bois. En effet, le CO2 que nous émettons est, lui, absorbé par les plantes pour leur métabolisme. La photosynthèse est la réaction du CO2 avec de l'eau rendue possible grâce aux photons de lumières et à la chlorophylle qui sert de catalyseur pour la réaction suivante:

2n CO2 + 2n H2O + photons → 2(CH2O)n + 2n O2

L'oxygène indispensable à notre respiration provient donc du CO2. C'est pourquoi, Markó disait que le CO2 c'est la vie.

Le CO2 est la base de la nature

La photosynthèse génère donc l'oxygène dont nous avons besoin pour respirer, brûler les aliments hydrocarbonés que nous absorbons à travers notre alimentation et brûler les énergies fossiles. Laissons István Markó nous décrire cette réaction, d'autant plus qu'il était professeur de chimie organique, c’est-à-dire la chimie du carbone et du vivant, et ses transformations :

Le CO2, c’est avant tout « la nourriture » des plantes. C’est leur aliment de base. La photosynthèse, cette merveilleuse transformation que les plantes ont appris à maîtriser, utilise la lumière du soleil et le CO2 pour fabriquer sucres, cellulose et amidon et donner vie à nos végétaux. Pas de CO2, pas de plantes et donc pas d’herbivores, ni de carnivores, ni… d’humains. Le CO2 est vraiment source de vie ! Nous savons aujourd’hui que nos végétaux sont affamés en CO2. De nombreux scientifiques ont montré que la quantité de CO2 dans l’air était plus importante auparavant et que nos plantes souffrent d’un manque chronique de gaz carbonique. Elles ont faim.[4]

Curieux de tout, ce brillant scientifique savait que le CO2 est utilisé par le phytoplancton:

Phytoplankton species also feed on CO2, using carbon from CO2 as a building unit and releasing oxygen. By the way, it is worth remembering that ~70 percent of the oxygen present today in the atmosphere comes from phytoplankton, not trees. Contrary to common belief, it is not the forests, but the oceans, that constitute the “lungs” of the Earth.[5]

En tant que chimiste organicien, ces considérations basiques de chimie étaient constamment présentes dans l’esprit brillant d'István Markó. Comme l'atteste le t-shirt qu'il s’était fait fabriquer (Figure 1), il aimait le CO2 car c'était la source de la vie, une vie dont il jouissait pleinement avec son épouse, ses enfants, ses collègues et ses amis. Il lui trouvait des vertus insuffisamment connues du grand public. Il aimait expliquer que dans les serres industrielles, des fumées de combustion d'hydrocarbures – principalement du méthane qui ne produit aucun contaminant – étaient injectées afin de porter la concentration de CO2 à 1 100 à 1 200 ppmv ( = partie par million en volume) tandis que celle présente dans l’atmosphère et que nous respirons est d'environ 400 ppmv (0,04 %). Grâce à ces conditions artificielles les plantes poussent plus vite, sont plus robustes, apprécient une température plus élevée et consomment moins d’eau.

Il va de soi que cela dérangeait ses détracteurs. Un blog gauchiste tente de tourner István Markó au ridicule ainsi : Comme C. Allègre, I. Markó prend un malin plaisir à retourner la science contre la science. Ainsi, la dernière affirmation ci-dessus est exacte : le CO2 fonctionne comme un engrais. Mais M. Markó « oublie » un détail: les engrais ne stimulent la croissance des végétaux que jusqu’à un certain point, au-delà duquel leur accumulation a des conséquences néfastes. Trop de nitrates tue la vie aquatique et rend l’eau de distribution non consommable. Trop de CO2 augmente l’effet de serre naturel, donc la température. Il est d’ailleurs faux de prétendre que le CO2 en tant que tel serait sans danger : au-delà d’une certaine concentration, c’est bien un gaz toxique. [6] Le chimiste de l'UCL le savait évidemment. D’ailleurs, il se plaisait souvent à répéter que tout était poison, que cela dépendait de la dose. Par exemple dans un article posthume sur le glyphosate, il écrit :

Rappelons ici que tout produit, d’origine naturelle ou synthétique, est toxique et que c’est la quantité (la dose) qui détermine sa toxicité. Cet effet est notamment à la base de la vaccination au cours de laquelle on inocule au patient des composés extrêmement toxiques, voire mortels, mais à des doses tellement faibles qu’il n’en décède heureusement pas.[7]

Le bois, pas toujours durable

Une étude de l'Université de Stanford révèle que si les 4 000 Gt de carbone contenues dans toutes les énergies fossiles de la Terre devaient être brûlées, on arriverait à une concentration de 1 400 ppmv, soit une concentration similaire à celle utilisée par les serristes. [8] Une autre étude plus récente donne une fourchette encore plus basse de 500 à 800 ppmv.[9] Ce triste exemple illustre comment des ignares de la blogosphère arrivent à avoir autant de crédibilité qu'un grand scientifique.

Non, ce chimiste organicien n'était pas un vilain pollueur. Il aimait la nature et voulait la protéger mais de manière scientifique et non dogmatique. Dans son laboratoire à Louvain-la-Neuve il utilisait des résidus de l’industrie agro-alimentaire et des déchets agricoles pour fabriquer des molécules importantes par un procédé écologique qu'il avait appelé : « Botanochimie ».

Dans ses conférences il aimait montrer une photo satellite démontrant que :

Depuis plus de 30 ans, on observe un verdissement de la planète de plus de 20%. Oui, vous lisez bien ! Il y a 20% de verdure en plus sur Terre aujourd’hui qu’il n’y en avait il y a trente ans. Malgré la déforestation continue – qui n’est une réalité qu’en certains endroits de la planète – et l’action des hommes, les plantes poussent plus vite et en plus grand nombre car elles ont enfin davantage de nourriture. L’un des résultats les plus visibles (par satellite) de ces conditions favorables à la croissance des plantes est le recul de certains déserts, dont celui du Sahel. L’autre est l’augmentation constante de la production mondiale de céréales pour lesquelles une hausse du taux de CO2 atmosphérique est un formidable bonus. Une belle gifle pour ceux qui veulent diminuer la quantité de CO2 présent dans l’atmosphère. La Nature nous donne un tout autre message : encore du CO2 ! Plus de CO2 !

Le 1er juillet 2017 István Markó m'écrivait ceci:

Nowadays, people have understood all the profit they can make from trees and good forest management. Add to this a slight temperature increase (taking away the NOAA and other organisation's manipulations, let's say around 0.4-0.5°C since 1870) and an increase in good CO2, the Earth has been greening by about 20% over the past 30 years due to enhanced photosynthesis. The increased resistance of plants under a higher CO2 concentration and their ability to use more efficiently water under said increased concentration of CO2, enable them to grow near the desert fringes, hence the deserts are receding.

En octobre 2017, la Lituanie et le Luxembourg ont signé un accord de coopération dans le domaine des énergies renouvelables. C'est le premier accord de ce type à travers l'Union européenne qui permettra à la Lituanie de vendre des quotas d'énergie renouvelable excédentaire pour 10 millions d'euros.[10] Ceci est prévu dans l'article 6 de la directive européenne 2009/28. Toutefois, on oublie souvent de préciser que presque toute l'énergie renouvelable de la Lituanie est du bois (93%) et seulement 7% pour l’éolien. Donc le Luxembourg achète virtuellement du bois-énergie de la Lituanie.... bois produit à partir du CO2 mondial.

Après le perfectionnement de la machine à vapeur par James Watt à la fin du XVIIIe siècle, le charbon et la machine à vapeur sont devenus les moteurs qui ont donné lieu à des vagues successives et continues d'industrialisation mondiale. A l’origine, le charbon était utilisé comme combustible alternatif, les locomotives à vapeur et d'autres industries n'utilisant que de l'énergie renouvelable, c'est-à-dire du bois. La croissance impressionnante de la demande en bois a impulsé la recherche d’énergies alternatives. Sa manipulation exigeait trop de travail et d'efforts, d'abord parce qu'il fallait disposer d'un grand nombre de bûcherons qui devaient être payés et nourris; ensuite il fallait une multitude de charretiers qui devaient aussi être payés et nourris, tout comme leurs animaux. Les coûts de ces opérations étaient si élevés que les entreprises devaient être situées à la périphérie des forêts afin de minimiser le coût du transport (cela reste vrai encore aujourd'hui; transporter du bois, un combustible pauvre en pouvoir calorifique, sur des longues distances est une aberration économique et environnementale). Par exemple, en 1780, l'usine de fabrication de verre de Miellin dans les Vosges, dirigée par six maîtres verriers et quatre ouvriers pour la gestion et le maintien du feu, avait besoin de huit bûcherons à temps plein et quatre charretiers. En 114 ans cette usine a brûlé environ 3.5 millions m³ de bois. A cause de son faible pouvoir calorifique, la fourniture de l'énergie requérait donc plus de main d'œuvre que la verrerie elle-même.[11]

Le 1er juillet 2017 István Markó m'écrit ceci:

Same in France and Belgium where trees are far more numerous and forests cover a much larger area than 100 years ago. I just came back from France, visiting some old castles, and the guide clearly explained how trees were in feeble number at the time of Louis XIV and that anyone caught cutting a tree would see his head cut off. The prices for wood were astronomic.

En effet, la forêt a très longtemps constitué une ressource essentielle pour l'économie européenne. Au Moyen âge, Saint Boniface avait osé abattre les chênes de Donar, les arbres sacrés des Teutons ; défricher équivalait à christianiser et civiliser. Comme l'atteste la Tapisserie de Bayeux, pour construire une flotte de 750 bateaux afin d'envahir l'Angleterre, Guillaume le Conquérant a fait abattre des milliers d'arbres. La population augmentant grâce à ce que les climatologues appellent l'Optimum Médiéval, une période chaude et donc prospère pour l'alimentation a fait croître fortement la population. Pour faire face il a fallu défricher pour créer de nouvelles terres arables. Combinée à l'utilisation du bois pour le chauffage, l'industrie et la marine, principalement en France, en Angleterre et en Espagne qui possédaient les plus grandes flottes maritimes, la forêt européenne a été pillée, tant et si bien que sa surface a considérablement diminué (Figure 2).

Figure 2. Les grandes périodes de l'histoire forestière[12]

Le charbon remplace le bois

La demande en bois s'est considérablement accrue et a entraîné l'augmentation de son prix. L'énergie renouvelable du XVIIIe siècle était devenue insoutenable, tant du point de vue économique qu'environnemental – même si ce dernier aspect était encore un concept inconnu. Bien que les affleurements de charbon fussent déjà connus à l'époque , car dans de rares cas les charbons (et aussi le pétrole) sont en surface, ils ne pouvaient pas répondre à l'énorme demande en énergie générée par la machine à vapeur perfectionnée, tant et si bien que vers 1750, l'exploitation minière du charbon était devenue, par la force des choses, une industrie (Figure 3).

Figure 3. Pourquoi le charbon a remplacé l'énergie renouvelable

En 1865, l'économiste écossais William Stanley Jevons, observait que la consommation de charbon en Angleterre avait augmenté depuis le perfectionnement de la machine à vapeur. Le "paradoxe de Jevons" stipule qu'une amélioration de l'efficacité de l'utilisation des ressources entraînent une augmentation – et non une diminution – de l'utilisation de cette ressource (Figure 4).

Figure 4. Le Paradoxe de Jevons

Jevons a écrit un livre intitulé " The Coal Question: An Inquiry Concerning the Progress of the Nation, and the Probable Exhaustion of Our Coal Mines" dans lequel il soutient que l'efficacité accrue de l'utilisation du charbon allait tant accroître sa demande que l'on allait assister à l'épuisement rapide des mines de charbon. Ce livre représente en quelque sorte un précurseur de tous les ouvrages catastrophistes du Club de Rome qui avaient annoncé la fin du pétrole[13] et d’autres ressources naturelles, une litanie égrenée encore de nos jours; ceci vaudrait également pour d’autres minéraux largement utilisés aujourd'hui dans l'électronique ou les batteries. La voiture électrique est loin d'avoir fait une percée mais certains évoquent déjà la pénurie de minerais comme les terres rares. Après deux siècles d’histoire du développement industriel, peut-être est-il temps de reconnaître que l’évolution technologique n’a jamais souffert d’un manque de ressources naturelles. Par ailleurs, la différence entre ressource et réserve doit être soulignée: la ressource est une quantité enfouie dans la nature tandis que la réserve est la partie économiquement exploitable de la ressource au moyen des technologies à un moment donné. Puisque celles-ci-évoluent et que le prix des matières produites par ces réserves évoluent également, les réserves ne sont donc pas statiques mais dynamiques.

Jevons avait tort sur le charbon comme sur le bois puisque l’espace forestier de l'UE croît. Le Parlement européen affirme que Les programmes de boisement qu'ont développé plusieurs États membres depuis la dernière guerre ont bien prospéré. L'accroissement annuel des forêts (le volume ligneux formé) a augmenté rapidement au cours des quarante dernières années. La montée en puissance des programmes passés de boisement explique certainement une part de cette évolution.[14] L'accroissement annuel net des forêts exploitables dans l'Union est estimé à 215 millions de m³ par an en moyenne, soit 7 m³ par seconde. La superficie des forêts exploitables de l'UE était de 41,9 millions d'hectares en 1980 et a atteint 43,8 millions d'hectares en 2000. Selon Eurostat, les forêts de l'UE-28 ont gagné 322 800 hectares par an, ce qui correspond à une croissance équivalente à la taille d'un terrain de football chaque minute. Grâce aux politiques de gestion forestière, la forêt européenne est donc en croissance.

La déforestation à cause de l'énergie renouvelable

Ce n'est, hélas, pas le cas pour l’Afrique, dont le bois constitue la principale source d'énergie. Il est aux Africains ce que les énergies fossiles sont pour les Européens. Le charbon de bois est souvent la source d'énergie utilisée pour la cuisson, faute d'énergies fossiles et est donc l’une des causes de déforestation du continent. Bien entendu, comme ce fût le cas en Europe, la production de charbon de bois n’est pas l’unique responsable de la déforestation, puisque le défrichement est nécessaire à la création de nouvelles terres agricoles. Alors que, comme on l’a vu plus haut, la déforestation européenne a été freinée, en Afrique, la croissance démographique combinée à une urbanisation effrénée pèse lourdement sur la déforestation. L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture estime qu'entre 2010 et 2015, 8 millions d’hectares de forêts africains ont été défrichés.[15] Le cas le plus emblématique est celui du Burundi qui, en 2014, avait atteint un taux de déforestation de 9%. Entre 1990 et 2015, la part de la superficie de la forêt par rapport à la superficie totale du pays est passée de 11 % à 5,5 %. Si ce rythme se maintient, il n'y aura plus de forêt au Burundi en 2040.[16] Pour comble, cette énergie renouvelable suffit à peine pour satisfaire la demande interne puisque en 2011, l’offre en bois était estimée entre 1,3 million et 2,9 millions de tonnes/an alors que la demande était entre 3,3 millions et 4,5 millions de tonnes/an.[17] Il n'en demeure pas moins que si en Europe on utilise des énergies fossiles et au Burundi très peu – comme d'ailleurs dans toute l'Afrique subsaharienne – c'est bien l'utilisation des énergies fossiles qui permet – paradoxalement – de protéger la forêt. Sur base de ces donnée, la Figure 5 montre qu'à l'exception du Rwanda - un pays d'Afrique subsaharienne particulier sur tant de points de vue – la déforestation se poursuit activement dans l'Afrique de l'Est.

Figure 5. Déforestation dans les pays de la Communauté de l'Afrique de l'Est et en RDC

István Markó qui a dénoncé la contradiction entre le plaidoyer en faveur de la nature et le déni de l'utilisation des énergies fossiles était convaincu que seules ces dernières sont vraiment capables d'aider l'Afrique subsaharienne comme nous allons le voir plus loin.

Parce que le CO2, c'est le progrès et la qualité de vie

Notre monde moderne a subi, en un peu plus de deux siècles, une série de révolutions qui ont profondément changé notre mode de vie. Les scientifiques du XVIIe siècle ont découvert les principes de la mécanique que tous les étudiants de l'école secondaire apprennent encore aujourd'hui, parce qu’ils demeurent fondamentaux. Pourtant les enfants, tout comme les petits-enfants de Galilée et de Newton ont vécu comme leurs pères et grand-pères. La découverte des lois de la physique n'a pas modifié la qualité de vie ni des savants ni des démunis. Il aura fallu attendre la découverte de l'énergie fossile pour une amélioration profonde du mode de vie. On a coutume de dire que la révolution industrielle a été la première à apporter de la modernité. C'est un raccourci. La révolution industrielle a eu lieu parce qu’elle a été précédée de la révolution énergétique. C'est la découverte de la puissance énergétique du charbon qui a permis la révolution industrielle, découverte qui a remplacé le bois comme énergie, tout comme le labeur pénible effectué jadis par l’énergie musculaire, c'est-à-dire la force humaine et la traction animale. L'unité de mesure de la puissance anciennement utilisée était le cheval-vapeur qui équivaut à 736 watts (selon le système international). Puisque un homme a une puissance ‘moyenne’ estimée au maximum à 100 W, cela signifie qu'un cheval effectue un travail équivalent à 7,36 hommes.

Le CO2 à la base de la mécanisation agricole

Selon les dernières données de la Banque mondiale, en 2000 il y avait 25 millions de tracteurs agricoles en exploitation dans le monde. Dix sept ans plus tard, on peut raisonnablement estimer qu'ils sont 30 millions à présent. En calculant, largement par défaut, une puissance moyenne de 100 CV (en réalité la catégorie de tracteurs la plus vendue dans le monde est celle de 200 CV et plus, Deere vend une machine de 620 CV), on arrive à plus de 22 milliards d'équivalent homme (soit 30 millions de tracteurs x 100 CV x 7,36 = 22 milliards). La puissance des tracteurs dans le monde représente au moins l'équivalent de la puissance de trois fois la population mondiale, enfants compris. Grâce à l'énergie fossile. On observe que le nombre de tracteurs est en croissance partout, y compris dans les pays développés, ce qui démontre qu'on est encore loin de la saturation du marché (Figure 6). En Afrique, malheureusement, cette mécanisation de l'agriculture, qui vise à réduire la pénibilité du travail manuel, est encore très minoritaire puisque seulement 10% de l'énergie utilisée proviennent de l'énergie fossile, le reste étant de l'énergie humaine ou animale (Figure 7).

Figure 6. Nombre de tracteurs en Belgique[18]

Figure 7. Energie utilisée dans l'agriculture sub-saharienne[19]

En dépit de ces évidences, certains s'évertuent encore à vouloir faire croire que l’énergie fossile peut être avantageusement remplacée par l'énergie humaine. István Markó m'avait écrit le 6 juillet 2017 un mail personnel à ce sujet:

"Le ridicule ne tue heureusement pas." Il y a une magnifique vidéo sur internet qui montre que le champion du monde de vélocross, un Allemand avec des cuisses énormes, n'est même pas capable de fournir assez d'énergie pour toaster deux tranches de pain. Après 6 minutes d'intenses efforts – le gars était totalement épuisé – les tranches de pain étaient à peine jaunes.

Il ne croyait pas si bien dire. La Figure 8 illustre un spectacle désolant : quelqu’un pédale énergiquement pour se préparer un jus de fruits. L’exercice relève un peu de la tricherie puisque les deux fruits bien friables trempaient déjà dans du jus d'orange. Le message que cette expérience, au demeurant amusante, veut transmettre, c’est qu’on peut se passer d'électricité. Mais il se peut aussi que l'expérience relève du machiavélique puisque toute personne avec un minimum de bon sens est capable de réaliser combien cette production d'électricité est dérisoire.

Figure 8. Pédaler pour se préparer un jus de fruits (photo de l'auteur)

Le CO2 à la base de l'hygiène, de la santé et de l'espérance de vie

Un autre domaine où l'énergie fossile a changé notre qualité de vie est celui de l'hygiène. Il a fallu attendre le XIXe siècle pour que les gens se lavent à l’eau et au savon. Le Roi Soleil ne se lavait pas à l’eau et tentait de cacher les mauvaises odeurs en s’aspergeant de parfums et en se changeant à longueur de temps. Les pauvres non plus ne se lavaient pas, mais eux ne se parfumaient pas et ne se changeaient pas. L’hygiène n’a pu se développer que lorsque l’énergie est devenue abondante et accessible. C’est grâce à des pompes qui consomment de l’électricité que l’eau est acheminée dans les villes et qu’elle monte aux étages des appartements. Cela s’est accompagné de la création des égouts qui ont grandement amélioré l’hygiène urbaine.

Jusqu’au milieu de XXe siècle, on ne prenait généralement qu’un bain par semaine et puis progressivement on est passé à une toilette quotidienne grâce aux énergies fossiles. Quel a été le changement qui a permis cela ? Le lave-linge ! Rares étaient les personnes qui pouvaient se payer une lavandière pour pouvoir se changer régulièrement. Ma mère, émigrée italienne en Belgique, a été blanchisseuse pour des houilleurs. Dur métier ! Mais si elle pouvait laver leur tenue de travail couverte de graisse noire, c’est parce qu’elle avait été une des premières émigrées à investir dans un lave-linge électrique… Pour ma mère, c’était un miracle. En Calabre, elle devait aller au torrent pour laver le linge dans l’eau froide, en le frottant sur une grosse pierre avec du savon qu’elle avait fabriqué elle–même en faisant bouillir sous un feu de bois des restants d’huile d’olive de friture avec de la soude.

Le lave-linge et les laveries automatiques font partie de notre quotidien. Les habitants des pays émergents vont assurément nous copier dans ce domaine aussi car il s'agit d'une invention extraordinaire pour supprimer les corvées. Allons-nous-leur dire de ne pas suivre notre modèle de développement car nous nous sommes trompés en privilégiant l’hygiène ? Allons-nous les convaincre que puisque nous n’avons qu’« une seule terre », ils ne doivent ni se laver, ni se changer autant que nous, et qu’il vaut mieux qu’ils continuent à aller à la rivière pour y laver leur linge ? Ils vont utiliser des lave-linges, ils vont donc avoir un besoin énorme d'électricité et donc d'énergies fossiles car les énergies renouvelables seront insuffisantes et chères pour répondre à ce besoin élémentaire d'une société moderne.

Habitués comme nous le sommes à jouir de l'eau courante pour se laver sans aller à la fontaine, à se chauffer dans devoir aller couper du bois en forêt, à utiliser notre Smartphone sans penser à l'électricité qui doit faire tourner les serveurs installés à des milliers de km dans des pays froids afin de limiter leur consommation d'énergie, à prendre l'avion sans penser aux nombres d'heures que cela aurait pris à cheval, on devrait être reconnaissant à l'énergie fossile pour tous ces progrès au lieu de vouloir la vouer aux gémonies. La Figure 9 résume brièvement quelques-uns des nombreux avantages que nous offre l'énergie moderne, c'est-à-dire essentiellement l'énergie fossile, avantages trop peu répandus en Afrique subsaharienne.

Figure 9. Bénéfices de l'utilisation de l'énergie fossile en particulier pour les pays d'Afrique subsaharienne

D’après les estimations les plus récentes de la Banque Mondiale (octobre 2015), 12,7 % de la population mondiale – soit près de 900 millions – vivaient avec moins de 1,9 dollar par jour en 2012. C’est une amélioration par rapport aux 37 % dont ils bénéficiaient en 1990 et aux 44 % en 1981. Toujours en 2012, un peu plus de 77,8 % de la population touchée par l’extrême pauvreté, vivaient en Asie du Sud (309 millions) et en Afrique subsaharienne (388,7 millions). De plus, on dénombrait 147 millions d’habitants dans le même cas en Asie de l’Est et dans le Pacifique. [20] Un milliard de gens vit avec plus de 80 dollars par jour. Quatre milliards de personnes, dont le quart possède un lave-linge, se situent entre ces deux extrêmes. Il y a donc cinq milliards d’êtres humains qui n’utilisent pas un lave-linge mais font leur lessive à la main. Pour être plus précis, ce sont des milliards de femmes qui sont soumises à cette corvée dans toutes les civilisations. Ce sont elles qui portent le linge à la rivière, ou transportent l’eau du puits ou d’une rivière au village, souvent sur la tête. Elles n’aspirent pourtant qu’à une chose : se débarrasser de cette peu agréable besogne en la confiant à un appareil! Si cela peut être déculpabilisant de rouler en vélo afin de contribuer à sauver la planète, il faut le faire. Mais on n’a pas encore vu de lave-linge en bon état à la déchetterie dans l’unique intention de contribuer au salut de la planète….

Malgré la litanie mortifère et catastrophiste qui nous est devenue familière à force de l’entendre sur tous les médias, ces quelques exemples démontrent que le monde va bien mieux aujourd’hui qu’il n’allait hier et surtout avant-hier. Pourquoi estime-t-on partout en Europe que l’âge de la retraite doit être augmenté? Parce que l’on vit de plus en plus vieux et en meilleure santé. Grâce au développement économique et à son corollaire, le développement des soins de santé, l’espérance de vie ne cesse d’augmenter. Dans le monde, le nombre de naissances s’est stabilisé à environ 1,3 milliards par décennie depuis une trentaine d’années et les démographes estiment qu'il le restera pour les 30-40 prochaines années, tandis que le nombre de décès a diminué en valeur absolue depuis les années 50. Au milieu du XVIIIe siècle, l’espérance de vie à la naissance en Europe était de l’ordre d’une trentaine d’années, au début du XXe siècle elle était à environ 45 ans, et elle atteint 80 ans aujourd’hui.

Si la figure 10 montre que le gaspillage d'énergie n'améliore pas l'espérance de vie (point à l’extrême droite), elle prouve qu'un minimum d'énergie moderne allonge considérablement l'espérance de vie. Ce peu d'énergie en plus change en bien la qualité de vie, élimine des souffrances matérielles et offre des loisirs jamais imaginés auparavant. István Markó était choqué d'entendre dire certains que ces pays ne peuvent suivre notre modèle de développement occidental au motif que la planète ne peut satisfaire la population mondiale qui voudrait vivre comme nous. Il n'est nullement question de soumettre les populations de l'Afrique subsaharienne au même gaspillage que nous, – le point à l'extrême droite de la Figure 10 montre que le gaspillage d'énergie n'améliore pas l'espérance de vie – mais bien de soulager la misère du monde en lui offrant un minimum d'énergie moderne.

Figure 10 Espérance de vie pour les femmes en fonction de la consommation d'énergie (données de la Banque mondiale)

Non, tout ne va pas mal. Cet indicateur est le reflet de la qualité et la quantité de l’alimentation, de la qualité de l’environnement, des soins de santé. C’est là le vrai indicateur qui permet de confirmer ou d’infirmer que tout va mal et que nous vivons dans un monde pollué. Ce phénomène sans précédent est attribuable à la consommation d’énergie fossile et nucléaire, dont tout découle. C’est l’utilisation massive de ces énergies tant décriées qui permet une plus longue espérance de vie, l’éradication de la malnutrition des enfants, la potabilité de l’eau, l’élimination du travail agricole harassant, etc. Si tel n’est pas le cas ailleurs, ce n’est pas faute de ressources, mais bien parce que la démocratie, l’état de droit, la justice et la volonté de protéger l’environnement n’y sont pas présents.

Parce que le CO2, c'est l'élimination de la pauvreté

Aujourd’hui nous entendons sans cesse qu’il faut limiter notre consommation d’énergie, à la fois pour protéger l’environnement et parce que « si tout le monde vit comme nous, il n’y aura pas assez de ressources ». À force de répétition, cette affirmation est devenue une vérité populaire. Et pourtant elle est loin d’être juste, avérée ou réaliste. Si l’on veut que les pays pauvres sortent de leur triste situation, il faudra bien qu'ils aient accès à l'énergie - c'est la physique qui le dit et non la politique, l'académie ou les ONG. Nous allons examiner dans ce chapitre la situation énergétique en Afrique et nous verrons qu'il est indispensable pour des raisons humanitaires que plus ─ beaucoup plus ─ d'énergie fossile y soit consommée. Nous verrons plus loin que cette réalité a été prise en compte lors de la COP-21, tant et si bien que l'Accord de Paris a reconnu la nécessité pour ces pays d'accroître leurs émissions de CO2.

Selon l'Agence Internationale de l’Energie, en 2016 et pour la première fois, le nombre de personnes n’ayant pas accès à l'électricité est tombé en dessous de 1,1 milliards. Depuis 2000, 1,2 milliards de gens ont pu avoir accès à l'électricité. Le progrès a été particulièrement remarquable en Asie; par exemple, en Inde 500 millions de personnes y ont accédé entre 2000 et 2016. L'Agence s'empresse d'observer que sur les 1,2 milliards de personnes qui y ont bénéficié depuis 2000, presque toutes ont accès au réseau d'électricité, 70% d'entre elles grâce à sa production à partir de combustibles fossiles (45% de charbon, 19% de gaz naturel et 7% de pétrole). On peut donc observer qu'au XXIe siècle c'est encore grâce aux centrales thermiques conventionnelles qu’un grand nombre peuvent obtenir l'électricité. Même si entre 2012 et 2015, les énergies renouvelables (principalement hydroélectriques et géothermiques) ont été à l'origine de plus d'un tiers des nouvelles connexions cela ne change pas l'épure de manière significative. De plus, les énergies renouvelables intermittentes ne permettent que 6% des nouveaux accès à l'électricité. Il ne suffit pas seulement, bien entendu, de donner accès à un produit, la qualité de cet accès est importante : est-il continu? Est-il suffisamment puissant pour permettre plus que l’éclairage d’une pièce ou deux et le chargement du smartphone ? Est-ce que cet accès – assurément le bienvenu ! – est suffisant pour industrialiser un pays en retard économique ? Sans doute pas.

La cuisson renouvelable ?

Une population pauvre peut survivre sans le confort de l'électricité, mais elle ne peut survivre sans manger et donc sans cuisiner. Si l'électricité est pour certains un luxe, l'énergie de cuisson est une indispensable nécessité. Toujours selon le dernier rapport de l'Agence Internationale de l’Energie sur la pauvreté énergétique, aujourd'hui, environ 2,8 milliards n'ont pas accès à des installations de cuisson propres. Il y a donc 2,5 fois plus de pauvreté énergétique dans le domaine de la cuisson que dans celui de l'électricité, ce qui souligne que selon nous, il est plus urgent de porter nos efforts à l'énergie de cuisson qu'à l'énergie électrique. Concrètement, il est plus urgent de propager l'usage des bonbonnes de gaz que de panneaux photovoltaïques. Un tiers de la population mondiale ─ 2,5 milliards de personnes ─ dépend de l'utilisation traditionnelle de la biomasse solide pour préparer les repas. Environ 120 millions de personnes utilisent du kérosène et 170 millions utilisent du charbon. Des progrès ont certes été accomplis : depuis 2000, puisque le nombre de personnes dans les pays en développement ayant accès à la cuisine propre ─ principalement le gaz de pétrole liquéfié (GPL), le gaz naturel et l'électricité ─ a augmenté de 60% et celui de personnes utilisant le charbon et le kérosène a été divisé par deux.

Cependant, la forte croissance démographique dans les pays en développement, en particulier en Afrique subsaharienne, a augmenté de 400 millions le nombre de personnes utilisant la biomasse pour la cuisine, malgré une prise de conscience croissante des risques pour la santé et des décennies d'accès aux technologies de cuisson moderne. Il n'est pas surprenant que l'Afrique subsaharienne soit la région la plus à la traîne en matière de cuisine propre. Près de 80% de la population continue de cuisiner avec du bois et de la bouse, dont la part n’a diminué que de trois pourcents depuis 2000. La croissance de la population signifie qu'en dépit de ce faible déclin, le nombre de personnes qui continuent de cuisiner avec du bois a augmenté de 240 millions pour atteindre environ 780 millions. Sur les 25 pays du monde où plus de 90% de la population cuisinent avec du bois, 20 se trouvent en Afrique subsaharienne. Concrètement, cela implique que pour cuisiner, ces personnes doivent couper du bois vert ou utiliser les déjections d’animaux ou utiliser du charbon de bois produit dans des conditions environnementales rustiques et polluantes.

Cuisiner avec autre chose que de l’énergie renouvelable est l’une des premières aspirations des populations démunies : un petit réchaud à gaz de pétrole (GPL ou LPG en anglais), tel que celui utilisé dans le temps en Europe ou pour le camping de nos jours, représente un changement radical de la qualité de vie. Hélas, dès que certaines ONG entendent le mot GPL, une énergie fossile !, elles se raidissent et perdent le sens de la raison en avançant qu'il faut trouver d'autres solutions. Elles sortent alors leur panoplie de gadgets tels que, par exemple, les réchauds ou fours solaires, comme si cela pouvait être une solution de masse valable aussi pour les habitants de villes …

La Figure 11 illustre le gouffre en matière de mode de cuisson entre l'Afrique subsaharienne et le reste du monde. Même en Inde la situation n'est pas aussi dramatique puisque près de 40% de l'énergie de cuisson est du gaz. On observe que dans les pays du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord (MENA) la cuisson à la biomasse a pratiquement disparu alors que le réseau de gaz naturel n’y est pas développé: ces pays utilisent donc presque exclusivement le GPL, le combustible propre dont les ONG environnementales ne veulent pas entendre parler. En Europe, les bouteilles de gaz GPL ont fait leur apparition juste avant la seconde guerre mondiale, mais c'est dans l'immédiate après-guerre que leur utilisation s’est généralisée. Dans l’UE, pour la cuisson on a presque abandonné les bouteilles de gaz propane-butane pour passer au gaz naturel distribué par le réseau gazier. Rappelons que le gaz GPL est un mélange de propane et de butane, produit pour 2/3 lors de l'extraction du pétrole brut et pour 1/3 lors du raffinage du même pétrole brut. Comme la production de pétrole n’est pas près de finir, le GPL sera disponible pendant de très longues années encore. De plus, puisqu'il est concurrencé par le gaz naturel, son prix n’est pas destiné à augmenter. Voilà donc un combustible abondant, disponible partout, facilement transportable, propre qui a largement fait ses preuves dans le monde entier. Pourquoi ne pas généraliser son utilisation en Afrique subsaharienne ? Parce que c'est une énergie fossile!

Figure 11 Part de la population qui utilisent les différentes formes de cuisson
(données de l'AIE)
[21]

Figure 12 Conséquences de la combustion du bois

L'utilisation de l'énergie renouvelable-bois constitue aussi une source majeure de pollution et d'inconvénients inadmissibles au XXIe siècle (Figure 12). La combustion rustique du bois et de bouse provoque des maladies respiratoires qui contribuent à une réduction drastique de l’espérance de vie. Au Danemark, pays à l'avant-garde de la protection de l'environnement, on observe que la moitié des dioxines émises sont générées par la combustion du bois dans le secteur domestique. Afin de limiter la pollution atmosphérique, la région Lombardie a, depuis 2006, interdit la combustion du bois en hiver ─ même pour les fours à pizza ! Aussi naturel et écolo que cela puisse paraître, la combustion du bois n’est pas bonne pour la santé.

Nous connaissons actuellement une attaque sans précédent contre le véhicule diesel, alors que le mazout (gasoil) de chauffage qui est exactement le même produit que le carburant diesel lui n'est guère mentionné. Après l’avoir favorisé pendant plusieurs décennies, notamment par la fiscalité, les pouvoirs publics veulent à présent le bannir des villes. L'argument avancé est surtout celui de la pollution par les particules fines, appelées PM10. Comme ce n'est pas la place ici pour débattre de cette question, cantonnons-nous au problème de pollution par la cuisson sans énergie fossile. Les mêmes PM10 sont produites par la combustion de l'énergie renouvelable-bois. Lorsqu'on brûle de la biomasse – y compris les pellets modernes – on génère automatiquement ces particules nocives. Chez nous, les PM10 noircissent les monuments et les façades des maisons de nos villes, en Afrique subsaharienne ce ne sont pas seulement les murs intérieurs de la maison qui sont noircis mais, bien plus grave, ce sont les poumons de ceux qui les respirent ─même à l'extérieur ─ qui sont noircis par cette pollution. La Figure 13 illustre cette situation déplorable qui provoque des décès prématurés.

Figure 13 Cuisson traditionnelle à l'intérieur en Ouganda
(crédit photo : Orlando Furfari, 2012)

Là aussi István Markó avait vu clair. Il écrivait le 2 janvier 2017 dans un email personnel :

J'ai retrouvé récemment des documents qui montrent que les chaudières aux pellets et au bois libèrent pas mal de CO qui lui, au contraire du CO2, est un gaz hypertoxique et mortel. Les particules fines et, joie immense, les dioxines, sont aussi relâchées en quantités importantes. N'oublions pas non plus les produits soufrés. Je ne mentionne pas les autres poisons connus provenant de la combustion de la biomasse en général.

Dans la première partie, nous avons déjà abordé le sujet de la déforestation que cela occasionne. On assiste au phénomène contraire de ce que nous vivons en Europe. Alors que dans l'UE, nous utilisons des énergies fossiles et protégeons ainsi nos forêts, les Africains, eux, détruisent les leurs parce qu'ils utilisent de l'énergie renouvelable. Paradoxe ! Enfin, l'utilisation du bois-énergie dans les pays pauvres a un impact social négatif. Ce sont surtout les femmes et les enfants qui sont chargés de la collecte du bois, des branchages, des feuilles sèches, des déchets de cultures, d'herbes et des déjections animales avec les risques de viols et de violences que cela génère. Le temps que les enfants passent à la récolte de l'énergie naturelle les soustrait à la scolarisation et empêche l’apprentissage d'un métier.

L'Afrique subsaharienne et l'urgent besoin d'électrification

Tous les habitants des pays riches sont devenus accros à l’électricité. Aujourd'hui presque chacun de nos gestes quotidiens dépend de l'électricité. Les paroles de Ban Ki-moon, alors qu'il était Secrétaire général des Nations Unies à l'occasion d'une rencontre à la Commission européenne sur la pauvreté énergétique devraient nous interpeler lorsque nous perdons de vue les bienfaits de la fée électricité: L'accès à l'énergie moderne a contribué à transformer mon monde personnel et mon pays: l'accès à l'électricité peut sembler si facile qu'il peut être considéré comme acquis, à moins que vous ne l'ayez pas vous-même, jusqu'à ma première année à l'université. C'était en 1963 et j'étudiais avec une faible lumière générée par une lampe au kérosène, pouvez-vous le croire maintenant que je suis devant vous en tant que Secrétaire général des Nations Unies.[22]

Comme on l'a vu plus haut, selon l’Agence internationale de l’énergie ce privilège remémoré par Ban Ki-moon n'est pas connu par les 1,1 milliard d’êtres humains qui n’ont pas d’accès à l’électricité. Cette même institution émet un diagnostic effrayant : en 2030, à cause de la natalité et du manque d'investissement il y aura encore 674 millions de personnes sans accès à l'électricité. Ce sont surtout des personnes d’Afrique qui seront pénalisées. Sur ces 674 millions 90% vivront en Afrique subsaharienne. En effet, le nombre de personnes sans accès à l'électricité dans l'Afrique subsaharienne recommence à croître car les efforts sont insuffisants.

La Figure 14, établie à partir de données de la Banque mondiale, indique pour certains pays d'Afrique subsaharienne la part de la population qui avait accès à l'électricité en 2012. A part quelques exceptions, le manque d'électricité en Afrique subsaharienne est endémique, puisqu'en moyenne, selon la Banque mondiale seulement 35 % de la population peut en jouir ! Le dernier rapport de l'Agence Internationale de l’Energie donne elle 43%. Mais tous ces chiffres sont obtenus pars des modèles et non pas par un vrai recensement. Il convient donc de ne prendre que les ordres de grandeurs et les tendances. Le pays au plus faible taux de pénétration est le Sud-Soudan avec 5%... En RDC, un pays qui possède un potentiel hydroélectrique gigantesque, grâce notamment au projet Inga, il n'y a que 16 % de la population qui a accès à l'électricité. On observe que les pays avec une forte présence française semblent être les moins électrifiés : au Tchad seulement 6% de la population a accès à l'électricité, en Centrafrique à peine 11 %, au Niger 14 % et au Mali 26 %.

Figure 14 Part de la population ayant accès à l'électricité dans les pays d'Afrique subsaharienne
(Données de 2016 de la Banque Mondiale pour 2012)
[23]

L'électrification des zones rurales au moyen de la production d'origine renouvelable, même si elle est intermittente, constituera un changement majeur pour les populations des campagnes. Apporter un minimum d'électricité dans les zones les plus reculées pour pallier au plus pressé est certainement une bonne chose. Mais en parallèle, un réseau électrique devrait être installé si on recherche le développement économique du pays, et ce de manière durable. En effet, le défi africain ne sera pas relevé dans les campagnes mais dans les villes. Les défenseurs des énergies renouvelables avancent que l'électrification des zones rurales permettra d'éviter l'exode vers les villes tout en maintenant les gens dans les campagnes. D'abord, pourquoi vouloir que cela soit ainsi? Ensuite, c'est faire fi de la tendance naturelle de l'être humain à vouloir se concentrer dans les zones urbaines. De tous temps, il en a été ainsi et croire que l’apport de l'électricité renouvelable dans les campagnes africaines va inverser cette forte propension humaine à se regrouper est, au mieux, faire preuve de naïveté.

L'urbanisation en Afrique subsaharienne est déjà une réalité incontournable. Alors qu’il n’y avait qu’une seule ville africaine de plus d’un million d’habitants il y a 25 ans seulement, on en compte 28 aujourd’hui… Ce phénomène de concentration urbaine bien enclenché ne se freinera pas ni par la bonne volonté des ONG ni par le développement des énergies renouvelables. La Figure 15 démontre que l'urbanisation est bien en marche et qu'elle s'amplifie. UN HABITAT, un programme des Nations Unies, a déclaré que d'ici à 2050, 60% des Africains vivront dans les villes et se rapprocheront ainsi des Européens puisque nous sommes 70% à vivre en zones urbaines.

Figure 15. Croissance de la population urbaine en Afrique et en Afrique subsaharienne[24]

Nous n'aborderons pas ici le potentiel gigantesque de la production de l'hydroélectricité – la seule source d'électricité renouvelable en masse qui soit vraiment économique – que présente l'Afrique subsaharienne. Je me permets ici de diriger le lecteur vers mon livre sur la géopolitique de l'énergie où la question est amplement développée.[25]

Quel avenir sans énergies fossiles ?

Dans sa fameuse déclaration du 9 mai 1950 invitant les pays de l'Europe à faire la paix en mettant en commun leurs ressources charbonnières et sidérurgiques, Robert Schuman n'a pas oublié l'Afrique puisqu'il termine son discours en déclarant que L'Europe pourra, avec des moyens accrus, poursuivre la réalisation de l'une de ses tâches essentielles : le développement du continent africain. D'évidence, pour des raisons qui ne relèvent pas de l'objet de cette contribution, ce n’est pas le cas. Allons-nous à présent entamer ce développement préconisé par le fondateur de l'UE?

On estime qu'à la fin du XXIe siècle, l'Afrique sera le continent le plus peuplé du monde. C'est pourquoi il est urgent de créer de l’emploi en Afrique et plus particulièrement en Afrique subsaharienne, faute de quoi la population ne pourra pas se développer et souffrira d’une espérance de vie éthiquement insupportable; de plus, les pays occidentaux continueront à subir des vagues migratoires, qui sont loin d’être une solution durable pour eux comme pour nous. Le Fonds Monétaire International estime qu'entre 18 et 20 millions de nouveaux emplois par ans devraient être créés.[26] L'extrapolation à l'année 2050 signifie la création d’autant d'emplois en Afrique que la population en Europe. Pour y arriver, il faudra développer davantage l’éducation, les soins de santé et donc l’accès à l'énergie, puisque comme rappelé au début, le travail, c'est de l'énergie. La demande en énergie en Afrique sera donc gigantesque. Mais il y a aussi urgence. Tergiverser ne fera que pérenniser le taux de mortalité précoce, les conditions de vie d'un autre âge et la fuite des plus habiles et compétents. Il est donc indispensable de résoudre la question énergétique africaine au plus vite.

En conclusion de son rapport sur l’électrification des zones rurales en Afrique subsaharienne en 2008, la Banque mondiale mentionne que l'accès à l'électricité favorisait la dénatalité. Le nombre d’enfants a baissé de 0,6 en moyenne dans les familles électrifiées; par exemple au Ghana, le nombre d'enfants par femme après l’électrification est passé de 6,35 à 5,77. C'est pourquoi les démographes des Nations Unies estiment que dans 50 ans, la population mondiale se stabilisera et diminuera ensuite … grâce au progrès. La Banque mondiale tente d'expliquer cela par une meilleure contraception. C'est sans doute un phénomène plus complexe, mais bien avéré comme on l'a vu en Europe; il y a certainement une corrélation entre le progrès matériel et la dénatalité. La population subsaharienne et, partant, la population mondiale n’augmentera donc pas linéairement… à condition d’offrir à l'Afrique subsaharienne la possibilité de se développer immédiatement, grâce à l'utilisation massive des énergies fossiles, quitte à produire plus de CO2. Une population en bonne santé, éduquée et productive générera des revenus stables en croissance constante et finira par se stabiliser en nombre. Cela va à l’encontre des thèses catastrophistes du Club de Rome et des ONG environnementales qui désirent imposer des solutions énergétiques impayables, insoutenables et inefficaces en Afrique subsaharienne. Il n'existe qu'une solution pour limiter la population africaine : le travail, c'est-à-dire l'énergie et cela doit se faire sans tarder. Non seulement la population se stabilisera en nombre, mais elle recevra aussi le bien-être matériel, tout en mettant fin à la pénibilité du labeur musculaire non seulement des hommes, mais aussi des femmes et des enfants.

Puisqu’il n'est pas possible de résoudre les problèmes de demain avec les solutions d'aujourd'hui et les problèmes d'aujourd'hui avec les solutions de demain, je plaide avec István Markó en faveur de la mise en application de solutions économiques et immédiatement transposables en Afrique aujourd'hui. Il convient d'oser mettre fin, à tous les niveaux, à l'illusion que l'Afrique subsaharienne se développera uniquement par les énergies renouvelables. La solution est la ‘politiquement incorrecte’ utilisation massive des énergies fossiles.

En octobre 2017, lors d'une conférence internationale à Bruxelles organisée par l'Académie Royale [de Belgique] des Sciences d'Outre-mer intitulée "Sustainable energy for Africa", le programme comportait toutes les solutions politiquement correctes, y compris les plus extravagantes, dont la production d'énergie propre à partir d’épis de maïs décortiqués et même de petites centrales nucléaires encore inexistantes.[27] Toutes les formes d'énergie y ont été présentées sans oublier les derniers gadgets énergétiques. Lorsque j'ai osé suggérer qu'il serait plus simple et économique d'utiliser le gaz, comme l'Europe l'a fait avec un succès indéniable, cela a provoqué un tôlé général des européens. A l’inverse de la réaction allergique des participants européens, les africains présents qui sont eux confrontés à la pauvreté énergétique, ont marqué leur appréciation à ma suggestion.

En mars 2015, le quotidien britannique The Guardian a lancé une campagne pour demander à Wellcome Trust, la fondation de Bill Gates, de se désinvestir des sociétés des énergies fossiles et de suivre ainsi l'exemple de 220 institutions. Gates a rejeté la proposition en raison du peu d’impact qu’elle aurait. Le philanthrope a déclaré au Financial Times que la seule façon de réduire les émissions mondiales au moyen de la technologie actuelle aurait « un coût plus qu'astronomique » et que l'innovation est la seule façon d'atteindre un scénario positif.[28]

La position de Bill Gates n'a pas échappé à István Markó, qui a écrit:

La catastrophique transition énergétique allemande est une parfaite illustration de l’irrationalité d’une telle décision. Elle aurait dû servir d’exemple aux autres nations, tout comme le choix de Bill Gates et celui de Google d’abandonner les énergies renouvelables, après plus de 10 ans de recherches. Une telle substitution serait insupportable pour les pauvres de ce monde conduisant, non seulement à une augmentation du coût de l’énergie, mais aussi à celle des biens et des services qui en dépendent largement. La décision de remplacer les énergies fossiles par d’autres biens moins efficaces ralentira la sortie des pauvres de la précarité et pourrait même en renvoyer des millions d’autres à la misère.32

Bien entendu, tout ce qui peut être accompli grâce à quelques panneaux photovoltaïques – dont le coût est d’ailleurs devenu raisonnable (pour autant qu'ils ne soient pas connectés à un réseau à cause des perturbations qu'ils créent sur le réseau du fait de leur intermittence) pour venir en aide aux populations rurales doit se faire. Bien entendu, l’apport d'électricité d'origine solaire dans les villages fournira l'énergie nécessaire pour conserver au frais les médicaments dans un dispensaire. Bien entendu, le peu d'électricité produite par une micro-turbine réalisée sur place par des ONG humanitaires pourra alimenter un éclairage Led, qui remplacera la lampe à kérosène. Bien entendu, une mini-éolienne pourra alimenter le laptop d'une enseignante. Bien entendu.

L'indispensable énergie fossile…

Mais est-ce là tout ce qu’on veut offrir comme avenir à cette population qui manque de tout ? Sans énergie bon marché et abondante il n'y aura pas d'avenir pour la Communauté européenne ont écrit les Six ministres des Affaires étrangères dans leur résolution de Messine à l'issue de leur réunion des 2 et 3 Juin 1955 dans la ville sicilienne, réunion qui a jeté les fondements du Traité de Rome et du Traité Euratom. Il en sera de même pour l'Afrique subsaharienne: sans énergie bon marché et abondante l'Afrique ne se développera pas.

Thomas Hobbes, le grand philosophe du XVIIe siècle, a écrit dans Léviathan que la vie naturelle est « solitaire, misérable, cruelle, animale et brève ». Aujourd'hui, sur base de l'histoire de plus de deux siècles d'utilisation d'énergies fossiles, on est en droit de proclamer haut et fort que sans accès à l'énergie moderne la vie est pauvre, misérable et brève.[29] C'est un devoir moral d'apprendre aux populations d'Afrique subsaharienne qu'elles ont le droit – oserais-je dire le devoir ? – d'utiliser de manière abondante les énergies fossiles, parce qu'elles sont les seules qu'ils peuvent se payer.

De fait, c'est une question éthique. Sous prétexte que nous voulons, nous les nantis, utiliser de plus en plus d'énergies renouvelables, avons-nous le droit de bloquer le développement de l'Afrique subsaharienne ? Non, non et non, s'écriait István Markó. Il ne cessait de répéter que, sans subsides, tous les projets d'énergies renouvelables intermittentes s'écrouleraient. La réalisation de certains de ces projets n’est possible que grâce aux subventions publiques. Ces solutions sont, en quelque sorte, un mirage pour l'Afrique subsaharienne qui, elle, ne jouira jamais de généreux subsides publics. Si comme c’est le cas dans nos pays riches, toutes sortes d'aides publiques sont nécessaires pour permettre la consommation de ces énergies renouvelables, comment pouvons-nous croire qu’il puisse en être de même dans les pays pauvres ? Cet aveuglement de riches fait penser à la Reine Marie-Antoinette qui, en apprenant que le peuple avait faim, a répondu : « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils achètent des brioches.» Le 5 juin 2017, István Markó écrit:

 [Le] secteur [des énergies renouvelables-intermittentes] est non rentable économiquement et ne survit, dans l’immensité de son maillage planétaire, que par la grâce de la subvention publique. S’il en allait autrement nous n’aurions besoin ni du GIEC ni de l’Accord de Paris car tous les opérateurs économiques opteraient naturellement pour la source d’énergie la moins onéreuse. Qu’on lui ôte la subvention, le secteur s’effondre. Raison pour laquelle les grands conglomérats actifs dans le domaine de l’énergie sont parmi les plus chauds partisans de l’idéologie du climat et de l’Accord de Paris. C’est la définition même du crony capitalism, ou capitalisme de connivence (entre l’État et certaines entreprises).[30]

Et il a ajouté:

Certains pays industrialisés ne veulent pas que les pays « émergents » quittent leur état de pauvreté et de dépendance actuelle. Ils risqueraient de devenir de nouvelles puissances financières et leur feraient de l’ombre, voire les relègueraient à l’arrière-plan. Quel meilleur moyen de ralentir leur développement économique et technologique que de leur proposer d’investir dans la sauvegarde de notre terre commune en utilisant directement des énergies renouvelables et en appliquant les principes du développement durable ? Moyennant finance, bien entendu. Ainsi, on maintient ces gens dans leur état actuel de précarité, voire on l’accentue. Tout cela n’est que politique nauséabonde et arnaques financières en tous genres. Qui sont les perdants ? Les pauvres des pays riches. Qui sont les gagnants ? Les riches des pays pauvres.

… pour l'amour des pauvres

Certains pourraient se demander si István Markó n'était pas tout simplement un pourfendeur du capitalisme. Assurément non, c'était un homme équilibré comme tout vrai scientifique se doit d’être et comme le montre cet écrit :

Comme tu le sais, je déteste le communisme [Les parents d'Istvan Marko ont fui le communisme dans leur Hongrie natale en cachant Istvan qui était un bébé dans le fond d'une charrette remplie de foin et il a été transbahuté dans une valise en carton] et tout ce qui s'y rapporte, avec ses crimes odieux et ses mensonges éhontés, pour des raisons évidentes. Cependant, si le capitalisme n'a pas mis les gens dans des camps, il y a quand même pas mal d'entre eux qui sont morts de pauvreté, de faim, de soif, qui se sont suicidés après avoir perdu leur travail, etc. […] Le capitalisme, surtout à outrance et excessif, augmente le fossé entre riches et pauvres.[31]

Et sa préoccupation des pauvres était sincère. Dans une lettre ouverte, il a même interpelé le Pape sur cette question:

Parallèlement à l’utilisation d’une science exacte et honnête, il est impératif de tenir compte, lors des décisions en matière de politique climatique, du bien-être des plus pauvres parce qu’ils sont les plus vulnérables et les moins en mesure de se protéger. Dès lors, nous devons éviter tout choix dogmatique ou idéologique qui entraverait leur ascension hors de la pauvreté.[…] L’extrême pauvreté, la faim généralisée, les maladies endémiques et une existence pénible et écourtée étaient les conditions ordinaires de l’humanité jusqu’à ces derniers deux siècles et demi. Ces tragédies semblent normales pour les mouvements environnementaux qui préfèrent que les êtres humains vivent et soient traités comme de simples animaux se soumettant à la Nature, plutôt que de l’adapter à leur besoin tout en la respectant. La délivrance de la plus grande partie de l’humanité de la pauvreté matérielle absolue résulte notamment d’un accès à de l’énergie fiable, abondante et bon marché, générée à partir de combustibles à haute densité énergétique que sont les matières fossiles et nucléaires. En remplaçant l’animal, le muscle humain, y compris l’esclavage, le bois et la bouse séchée, les combustibles fossiles et nucléaires ont libéré les hommes des tâches associées à leur simple survie et ont engendré les immenses progrès scientifiques, technologiques et médicaux qui ont façonné notre société moderne.[32]

Tout ce que nous venons de dire n’incite pas à l'optimisme pour l'Afrique subsaharienne. Par ailleurs, le rapport de 2017 de l'Agence Internationale de l’Energie sur la pauvreté énergétique n'est pas enthousiaste non plus, puisqu’elle observe que la situation ne changera pas suffisamment d'ici 2030. Elle note que pour que des progrès en matière d'accès à l'énergie moderne soient réalisés, des politiques claires et cohérentes doivent encourager des investissements rentables.

En langage moins diplomatique, cela signifie que c'est le libre marché qui conduit au développement de l'approvisionnement énergétique. Or, dans l'Afrique subsaharienne, la bonne gouvernance qui permet à l'économie de marché de fonctionner est très peu présente. L'absence de vraie démocratie – comme on le voit dans nombre de pays où les dirigeants s'incrustent, les élections sont renvoyées ou manipulées – empêche l'émergence d'un marché et ne permet pas la réalisation d’investissements nationaux ou étrangers en suffisance. En conséquence, les entreprises disposées à investir dans ce vaste marché en devenir ne le font pas. On aura compris que István Markó estimait qu'il est indispensable que des investissements importants – comme le dit d'ailleurs aussi l'Agence Internationale de l’Energie – soient réalisés pour tirer l'Afrique subsaharienne de sa situation de pauvreté énergétique. En fait, ils doivent faire ce que nous avons fait. Mais qui va investir dans une zone sans bonne gouvernance? Qui va débourser des sommes substantielles si la garantie de retour sur l'investissement n'est pas assurée? Personne.

C'est la raison pour laquelle l'illusion créée par les ONG environnementales peut subsister. Puisqu’il n’y a pas d’investissements rentables, le bénévolat, l'altruisme, l'aide au développement prennent la relève. Or ces derniers ne peuvent être que politiquement corrects. Aucune ONG n’ira récolter de l'argent pour la construction d’une centrale au gaz qui se révèlerait pourtant rentable et propre ; elle ne le fera pas, d’abord par conviction et ensuite, même si elle le voulait, il lui sera extrêmement difficile de lever les sommes nécessaires, étant donné le coût des centrales thermiques. De même, aucune aide au développement ne peut être accordée à une centrale hydroélectrique, pourtant la seule forme d'énergie renouvelable rentable du point de vue économique, au prétexte que cela risque de déplacer quelques centaines – voire milliers – de personnes. C’est devenu totalement impensable, comme le dénonçait si souvent le chimiste de Louvain.

Puisque les investisseurs qui ont des solutions valables ne s’avancent pas et puisque les ONG imposent des solutions totalement inadéquates – lorsqu'elles ne sont pas grotesques – il se perpétue ainsi un cercle vicieux qui donne à croire que les énergies renouvelables sont le futur de l'Afrique subsaharienne. Si elle avait une bonne gouvernance, les investisseurs lui apporteraient le capital nécessaire pour créer les infrastructures centralisées qui éliminerait la pauvreté énergétique. La balle est donc dans le camp des dirigeants africains. Les énergies fossiles sont abondantes, bon marché et leur impact sur l'environnement est largement maitrisé; les capitaux dans le monde sont abondants. Messieurs les politiciens africains, commencez par imposer la démocratie, l'état de droit, supprimer la corruption et le reste suivra. C'était cette évidence que défendait István Markó.

L'Afrique subsaharienne et l'Accord de Paris

La COP-21, qui s'est tenue du 30 novembre au 5 décembre 2015, était attendue comme l'évènement qui allait marquer le futur du développement durable en relançant la lutte contre le changement climatique, relance indispensable après l'échec retentissant de la COP-15 qui s'était tenue à Copenhague. Grâce à un travail diplomatique de grande ampleur – tant en amont de la conférence que pendant sa tenue – la France est parvenue à obtenir un consensus de la part de 194 Etats. Le lyrisme de François Hollande et l'émotion de Laurent Fabius n'ont eu d’égal que l'enthousiasme des ONG car, à y regarder de plus près et avec le recul, force est de constater que le succès n'est pas aussi brillant qu'on a voulu le faire croire.

L'accord de Paris ne prévoit pas d'engagements contraignants de la part des 194 Etats, sauf que chaque Partie (c'est ainsi que l'on appelle les états qui font partie de l'accord) est tenue d'établir, de communiquer et d'actualiser les contributions déterminées au niveau national successives qu’elle prévoit de réaliser (connues dans le jargon anglais comme NDC pour Nationally Determined Contribution). C'est, par rapport au Protocole de Kyoto, un changement radical. Il n'y a donc aucune imposition sur qui que ce soit. Certes, l'article 4.1 de l'Accord de Paris[33] stipule que les Parties cherchent à parvenir au plafonnement mondial des émissions de gaz à effet de serre dans les meilleurs délais, étant entendu que le plafonnement prendra davantage de temps pour les pays en développement parties, et à opérer des réductions rapidement par la suite. Ce texte reconnaît explicitement que les pays en développement prendront "du temps" avant de commencer à réduire leurs émissions de CO2.

Sans cette précision d'une importance capitale pour les pays de l'Afrique subsaharienne, mais aussi pour la Chine et l'Inde –encore considérés comme en développement – il n'y aurait pas eu d'accord. Si le texte précise que les pays en développement devraient poursuivre leurs efforts d’atténuation - et de fait, ils sont encouragés à passer progressivement à des objectifs de réduction ou de limitation des émissions à l’échelle de l’économie, eu égard aux contextes nationaux différents - on observera qu'il n'y a aucune mention de réduction absolue des émissions. Pourquoi? Parce que, comme on l'a vu aux pages précédentes, c’est tout simplement impossible car ces pays veulent sortir de la pauvreté. D'ailleurs, ils doivent s’y soumettre, si les Nations Unies tiennent à réaliser les 17 objectifs du développement durable qu'elles se sont imposées pour 2030.[34] Personne ne peut nier l'importance cruciale de l'énergie pour atteindre ces ambitieux objectifs. En outre, le préambule de l'Accord de Paris conforte ce que nous écrivons dans ce chapitre au sujet des pays pauvres : Considérant la nécessité de promouvoir l’accès universel à l’énergie durable dans les pays en développement, en particulier en Afrique.

De plus, l'Accord de Paris ne contraint ni les pays développés et ni les pays non développés à la réduction des émissions; dans les deux cas il s'agit d'un conditionnel et non d'un impératif. Le fait que « l'encouragement » proposé aux pays en développement précise qu’il doit tenir compte des « contextes nationaux différents » dispense de facto les pays de toute obligation de limitation des émissions. L'Accord de Paris reconnait que les pays les moins avancés […] peuvent établir et communiquer des stratégies, plans et mesures de développement à faible émission de gaz à effet de serre correspondant à leur situation particulière. Sans croissance économique il n'y aura pas d'élimination de la pauvreté; cela exige donc plus de "travail" dans le sens physique et donc plus de consommation d'énergie. Puisqu’aucun dirigeant de ces pays ne pense que toute l'énergie dont le pays aura besoin sera d'origine renouvelable, l'Accord de Paris prévoit de facto une croissance de la consommation des énergies fossiles. Bien entendu, tout cela est enrobé dans un langage diplomatique qui ne peut tromper que les enthousiastes.

La COP-21 a confirmé la nécessité de créer un Fonds Vert pour le climat; ce mécanisme financier de l'Organisation des Nations Unies officiellement lancé lors de la COP-17 à Dubaï vise à aider les pays pauvres dans la lutte contre le changement climatique. A Paris il a été demandé fermement aux pays développés parties d’amplifier leur aide financière, en suivant une feuille de route concrète afin d’atteindre l’objectif consistant à dégager ensemble 100 milliards de dollars des États-Unis par an d’ici à 2020 pour l’atténuation et l’adaptation tout en augmentant sensiblement le financement de l’adaptation par rapport aux niveaux actuels et de continuer à fournir un appui approprié en matière de technologies et de renforcement des capacités. Toutefois, les modalités de création de ce Fonds vert restent encore à déterminer et n'ont même pas fait l'objet du moindre progrès lors de la COP-23 qui s'est tenue à Bonn en novembre 2017 (notons que la COP-23 est présidée par les îles Fidji mais pour des raisons logistiques elle s’est tenue à Bonn). Cela n'est d'ailleurs pas plus clair après le ‘One Planet Summit’ du 12 décembre 2017 à Paris.

István Markó qui n'aimait pas que les Etats manipulent l'argent public à des fins politiques s'en est pris à ce Fonds Vert :

Quant au Fonds Vert qui devait récolter 100 milliards de dollars tous les ans pour aider les pays à lutter contre le réchauffement climatique, il n'en a reçu qu'un peu plus de 550 millions (0,55%). Malgré les promesses clamées haut et fort à Paris, les politiques se sont rendus compte de l'inanité de la somme demandée et font tout simplement la sourde oreille.[35]

Parce que, le CO2 c'est la liberté

En tant que scientifique, István Markó enseignait à ses étudiants de l'Université Catholique de Louvain que le progrès résulte du développement de la science et que c’est la technologie qui a transformé le monde. Il savait et enseignait que cela a été possible grâce à l'utilisation massive des énergies fossiles; il s’assurait aussi de mentionner combien il croyait à l'énergie nucléaire. En tant que chimiste, il était profondément convaincu que le CO2 est à la base de la vie. En tant qu'homme, il croyait que l'humanité doit se développer pour offrir aux plus pauvres d'ailleurs et aux démunis d'ici des conditions de vie dignes. Il croyait fermement que c’était bien plus important que la lutte contre le changement climatique.

Le 7 mai 2014, István Markó a invité Richard Lintzen à son Université, à Louvain-la-Neuve (Figure 16), un professeur hautement respecté du MIT, l'un des rares contradicteurs de la théorie du changement climatique que personne n'ose critiquer, sans doute pour sa compétence et peut-être aussi parce qu'il est un des principaux auteurs du GIEC – dont il a ensuite démissionné pour s'opposer, selon lui, "à l'abandon de la science à la politique". Lintzen, épris comme István Markó de liberté, s’est également rendu célèbre après avoir déclaré en mars 2007Contrôler le carbone [entendez les émissions de CO2] est un rêve de bureaucrate. Si vous contrôlez le carbone, vous contrôlez la vie.

Figure 16 Prof. Richard Lintzen à l'Université Catholique de Louvain-la-Neuve (photo de l'auteur)

Puisque István Markó a fui le régime communiste, il s’est épris de liberté comme Lintzen. Puisqu’il était un scientifique, il était forcément un optimiste. Le 25 juillet 2017, six jours avant son décès, István Markó a terminé le dernier mail qu'il m'adressait par ce que je considère être le souhait qu'il aurait aimé nous laisser à tous :

I have always and will always oppose anyone who tells me what is good for me, what I should eat or drink or the way I should sleep or whatever else. I am and will always be an ardent defender of individual freedom. Do what you want, be a vegan, eat dogs or dog food, I don't care. But don't ask me or force me to do the same. Let's be optimistic. The end of this climate game is going to happen in the next few years. Nothing fits their dire predictions anymore and even our […] politicians start to realize how expensive this whole ideology is going to cost. Germany is being gradually hard pressed, more and more people are unhappy about their energy policy, and the courage of Trump has been a serious blow to the "believers". We are living at extraordinary times and we savour each second that passes by.

Footnotes

  1. ^ ChemistryView, http://www.chemistryviews.org/details/ezine/10691355/Istvan_E__Marko_1956__2017.html 
  2. ^ Istvan Marko, Le CO2 n’est pas un poison ! Contrepoint, https://www.contrepoints.org/2015/04/21/205301-le-co2-nest-pas-un-poison
  3. ^ Slate, Respirer contribue-t-il au réchauffement climatique? 17.08.2009, http://www.slate.fr/node/1241 
  4. ^ Istvan Marko, Pauvre CO2, Institut Turgot, http://blog.turgot.org/index.php?post/Pauvre-CO2-%21
  5. ^ Istvan Marko, Interview à Breitbar, 28/10/2017, http://www.breitbart.com/big-government/2017/10/28/the-istvan-marko-interview-possibly-the-best-thing-you-will-ever-read-on-global-warming-pt-1-the-science/ 
  6. ^ LCR La Gauche, Istvan Marko : un Faurisson climatique à l’UCL, http://www.lcr-lagauche.org/istvan-marko-un-faurisson-climatique-a-lucl/ 
  7. ^ Isvan Marko, Interdiction du glyphosate : que dit la science ?, Contrepoint, 25 septembre 2017, https://www.contrepoints.org/2017/09/25/293751-interdiction-glyphosate-verites-scientifiques-contre-lobbies-ecologiques 
  8. ^ Eamon Winden, What if we burn all the fossil fuels?, Millennium Alliance for Humanity and Biosphere, https://mahb.stanford.edu/library-item/what-if-we-burn-all-the-fossil-fuels/ 
  9. ^ Horst-Joachim Lüdecke and Carl Otto Weiss, Simple Model for the Antropogenically Forced CO2 Cycle Tested on Measured Quantities, Journal of Geography, Environment and Earth Science International 8(4): 1-12, 2016, http://www.journalrepository.org/media/journals/JGEESI_42/2017/Jan/Ludecke842016JGEESI30532_1_1.pdf 
  10. ^ https://www.15min.lt/naujiena/aktualu/lietuva/lietuva-ir-liuksemburgas-pirmieji-es-bendradarbiaus-savienojananos-energijos-srityje56-872822 
  11. ^ Hémery Daniel, L'avenir du passé, La dépendance charbonnière de la société mondiale, Presses de Sciences Po (P.F.N.S.P.), Ecologie & politique, 2014/2 N°49 | pages 23 à 41 
  12. ^ http://forêt.chambaran.free.fr/index.php?page=historique 
  13. ^ Samuel Furfari, Les erreurs du Club de Rome, 10/09/2007, La Libre, http://www.lalibre.be/economie/libre-entreprise/les-erreurs-du-club-de-rome-51b89518e4b0de6db9b0613f 
  14. ^ Parlement européen, Les forêts de l'Union européenne, http://www.europarl.europa.eu/workingpapers/forest/eurfo45_fr.htm?textMode=on
  15. ^ FAO, Evaluation des ressources forestières mondiales 2015, FRA 2015, p. 1
  16. ^ BURUNDI, Rapport national sur les OMD 2015, Juillet 2015, http://www.bi.undp.org/content/dam/burundi/docs/publications/Burundi-MDG-2015-Final-Report.pdf 
  17. ^ Ministère de l’énergie et des mines du Burundi, Lettre de Politique énergétique, Janvier 2011, p.11 
  18. ^ Statistics Belgium, Chiffres clés de l'agriculture, 2016, http://statbel.fgov.be/fr/binaries/FR_Kerncijfers%20landbouw_2016_Web_tcm326-279479.pdf
  19. ^ Claude Stéphane Side et Michel Havard, Developper durablement la mecanisation pour ameliorer la productivite de l’agriculture familiale en afrique subsaharienne, International Journal Of Advanced Studies And Research In Africa, https://agritrop.cirad.fr/577133/1/Side%20Havard%20int%20J.%20Advance%20Studies%202015%20mecanisation%20agricole.pdf 
  20. ^ Banque mondiale, Pauvreté, http://www.banquemondiale.org/fr/topic/poverty/overview
  21. ^ Agence internationale de l'énergie, Energy Access Outlook 2017, http://www.iea.org/access2017/
  22. ^ Ban Ki-moon, Commission européenne, 16 avril 2012 
  23. ^ Banque Mondiale, World DataBank, World Development Indicators, http://databank.banquemondiale.org/data/reports.aspx ?source=indicateurs-du-d %C3 %A9veloppement-dans-le-monde# 
  24. ^ UN Habitat, http://wcr.unhabitat.org/main-report/ 
  25. ^ Samuele Furfari, The changing world of energy and the geopolitical challenges, CreateSpace 2017, https://furfari.wordpress.com/ 
  26. ^ John May et Hans Groth, Failure to address Africa's rising population is not an option, Financial Time, 7 juillet 2017 
  27. ^ Académie Royale des Sciences d'Outremer afrique, Sustainable Energy for Africa, 23-25 octobre 2017, Bruxelles, https://www.kaowarsom.be/en/Sustainable_Energy_for_Africa 
  28. ^ The Guardian, Bill Gates to invest $2bn in breakthrough renewable energy projects, 29 juin 2015, https://www.theguardian.com/environment/2015/jun/26/gates-to-invest-2bn-in-breakthrough-renewable-energy-projects 
  29. ^ Samuele Furfari; La vie sans énergie moderne, Harmattan, Paris, 2016 
  30. ^ Istvan Marko, Drieu Godefridi et Henri Masson, Climat : pourquoi l’exemple américain devrait nous inspirer, https://www.contrepoints.org/2017/06/05/291257-climat-lexemple-americain-inspirer 
  31. ^ Istvan Marko, email du 17 juin 2017
  32. ^ Istvan Marko, Lettre ouverte au pape sur le clima, Contrepoint, 31 juillet 2015, https://www.contrepoints.org/2015/07/31/216181-lettre-ouverte-au-pape-sur-le-climat 
  33. ^ Nations Unies, Convention Cadre sur les changements climatiques, Conférence de Paris, 12 décembre 2015, http://unfccc.int/resource/docs/2015/cop21/fre/l09f.pdf
  34. ^ Nations Unies, Objectifs du développement durable; http://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable/ 
  35. ^ Istvan Marko, Le climat et le CO2 ne sont que des épouvantails destinés à détourner l'attention du public des buts véritablement visés, http://www.levif.be/actualite/environnement/le-climat-et-le-co2-ne-sont-que-des-epouvantails-destines-a-detourner-l-attention-du-public-des-buts-veritablement-vises/article-opinion-546563.html 
A propos de l’auteur Samuele Furfari Maître de conférences à l'Université Libre de Bruxelles. Citer comme S. Furfari, "Voici pourquoi István Markó tenait tant au CO2", Arguments — Revue européenne de science, vol. 3, n°1, hiver 2018, http://revue-arguments.com/articles/index.php?id=88.